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[Merci de ta carte. Le temps me semble long sans toi !...]

Lettre datée du 27 août 1925

Correspondance

Auteur

Auteur Paul Éluard
Personnes citées Pierre Brasseur, Louis de Gonzague Frick, Simone Kahn, ép. Breton puis Collinet, Max Morise, Roger Vitrac, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret
Destinataire André Breton

Descriptif

Lettre de Paul Éluard à André Breton, envoyée le 27 août 1925, de Paris.

 

Transcription

Mon cher André,

merci de ta carte. Le temps me semble long sans toi !

La revue marche. Mais comment paierons-nous les clichés ? À part 100 f que je te dois et que je garde pour ça ???

L’imprimeur m’écrit qu’il « reçoit ma lettre à la veille de l’échéance et une traite pour laquelle facture t’a été adressée, est maintenant en circulation. Il pense qu’il n’y a aucun changement sur ce point. »

Nous avons pris 2 textes remarquables de Brasseur. Nous avons fait, moi et Péret, une revue de la Presse assez bien, mais très scandaleuse.

« Il tomba une petite plume » n’est pas clichable. C’est dommage. Impossible d’avoir le Château de cartes de Sunbeam. Mais ce no a quand même 40 clichés (dont 21 du roman de fou).

Desnos a rédigé une magnifique réponse à une enquête de l’Écho de Paris sur la jeunesse bourgeoise actuelle. À retenir cette réponse à : Que pensez-vous de la culture intellectuelle ? — La culture intellectuelle, nous lui ferons un sort.

etc, etc… Ns. avons signé pour tout le monde.

Dans une déclaration pour l’emprunt (dans le Temps) le cardinal Dubois parle de ceux dont le programme est : La Révolution, d’abord et toujours. Relevé par Frick dans Comœdia.

Paris-Soir, long papier. Ci-joint une réponse à l’enquête : 3 livres pour l’étranger, qui n’est pas mal.

À part ça, rien, rien, rien.

J’espère que Péret t’a mis au courant de sa mystification du J[ournal] Litt[éraire]. Bien réussi.

Quand reviens-tu ? Il me semble que je ne t’ai pas vu depuis qqs siècles.

Hier, ns sommes retournés à Cyrano. C’est mieux qu’ailleurs. Artaud est à Paris. Pas vu. Vitrac le suit partout, paraît-il. J’ai vu ce personnage. Quel imbécile. Il fait l’innocent, « péché par ignorance partielle ». Quel chien.

Il y a dix jours ça l’aurait atteint, et il ricane en répétant : C’est maintenant plus !

atterrant

Je baise les mains de Simone. Dis à Morise que je l’aime bien. Et toi, crois-moi très spécialement ton ami,

Paul Eluard

 

[Coupures de presse jointes à la lettre :]

 

L’Éclair [mention manuscrite ajoutée à l’encre violette]

 

M. Louis de Gonzague Frick

« Son monocle impassible à considérer la guerre et la paix », écrivait Dorgelès sur la page de garde du Cabaret de la belle femme, où les vertus héroïques de Louis de Gonzague Frick, exécuteur testamentaire de Tailhade, s’étalent avec bonne humeur11.

La guerre finie, cet esthète revissa son monocle, reprit son large chapeau melon et l’air triste sur son visage imberbe, promena son corps étique dans les cénacles littéraires, les panthéons prématurés, les petites chapelles. On le dit aujourd’hui surréaliste ; des mauvaises langues disent même qu’il fait de la magie ; nous n’en croyons rien, bien entendu.

Mais assez ri… Voici la réponse que notre distingué confrère de Comœdia nous adresse pour notre enquête12 :

Mon cher ami,

Excusez-moi de répondre si tard à votre enquête que j’ai eu le plaisir de signaler dans Comœdia :

1La Théorie du soldat (édition revue et corrigée par feu le général Mangin) ;

2Le Recueil des discours, de M. Raymond Poincaré (Je propose de faire éditer à mes frais ce florilège national) ;

3Le catalogue de l’Exposition des arts décoratifs.

Consubstantiellement à vous.

Louis de Gonzague Frick

 

Nous prenons bonne note de l’engagement solennel de M. Louis de Gonzague Frick de faire éditer à ses frais les discours de l’ancien président de la République. Nous allons donc le mettre en rapport avec M. Poincaré qui, nous en sommes persuadé, se fera une joie de confier au bon goût de notre confrère ses magnifiques discours prononcés durant le temps qu’il passa au pouvoir.

 

[L’Action française, 27 août 1925]

 

— Réponses.

Le lecteur se rappelle que nous avions invité Pierre Drieu la Rochelle. Au juste, à quoi ? À réfléchir aux bonheurs de notre vie militante, pour s’en laisser tenter. Une telle invitation n’est pas de celles qui veulent une réponse à la minute. On pourra presque dire qu’elle était une figure de style. Pourtant, Pierre Drieu la Rochelle s’est ému, et il nous écrit :

« Orion,

Je ne puis travailler que seul.

Vous ne m’empêcherez, ni les uns ni les autres, ni par des menaces ni par des évocations sournoises de la délicieuse et impossible amitié, de vous aimer tous ensemble à ma façon… Je vous prie de publier cette réponse à votre invitation. »

 

Voilà qui est fait. Mais :

1Les menaces dont il est question n’étant pas de notre fait, sont venues de l’autre bord. Curieux, n’est-ce pas ?

2Nos évocations n’eurent rien de sournois. Elles s’élevèrent à la lumière des cieux. Et nous comprenons bien que l’épithète est ici d’un style noble qui lui donne un autre sens. Au temps qui est le nôtre, il importe toutefois de préciser les choses dans les termes les plus simples.

3Nous avions rêvé que Drieu la Rochelle ne pouvait se plaire à ces exercices de balancier.

 

 

[L’Éclair] mercredi 26 août 1925. Grains de bon sens. [Suite de citations de L’Avenir, L’Intransigeant, etc. Celle-ci est marquée en marge au crayon rouge :]

L’Histoire est régie par des lois que la lâcheté des individus conditionne, et nous ne sommes certes pas des humanitaires, à quelque degré que ce soit.

      Manifeste de Surréalisme, de Clarté et des Philosophies

Bibliographie

André Breton et Paul Éluard, Correspondance 1919-1938, ed. Étienne-Alain Hubert, Gallimard, Paris, coll. « Blanche », p. 119-124.

Date du cachet de la Poste27/08/1925
Adresse de destination
Notes bibliographiques

Ms - Deux pages sur un feuillet 27,5 × 13,5, encre noir pâle.

Enveloppe 12 × 15 cm, couleur sable. Encre violet-noir. Suscription : « Monsieur André Breton / Hôtel du Château / Thorenc / (Alpes Maritimes) ». Cachets : Paris 96 rue Gluck 27 août 1925 — Thorenc Alpes maritimes 15h 29-8-25. — La lettre concerne la mise sur pied du sommaire du numéro 5 de La Révolution surréaliste et de ses illustrations, numéro qui paraîtra le 15 octobre.

Languesfrançais
Lieu d'origine
Bibliothèque

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms 5000

Dimensions13,50 x 27,50 cm
Nombre de pages2 p.
Crédit© Succession Paul Éluard et éditions Gallimard
Référence21003
Mots-clés, , ,
CatégoriesCorrespondance, Lettres à André Breton
Série[Correspondance] Correspondance avec Paul Éluard, [Revue] La Révolution surréaliste, 5
Lien permanenthttps://cms.andrebreton.fr/fr/work/56600101001915
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