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Descriptif

Lettre de Paul Éluard à André Breton, envoyée de Bordeaux, le 7 juillet 1925.

 

Transcription

Mon cher André,

j’ai eu tous les journaux sauf Paris-Soir et je sais maintenant tout ce qui s’est passé pour cette racaille. Max Ernst m’a écrit, mais très court et sans grands détails, me disant surtout : Vitrac lâche, St-Pol Roux très mal, etc…

Mais de l’attitude de Leiris, d’Aragon, de Desnos, de Soupault, de la tienne, de la sienne[addition interlinéaire] rien. Rien que les saloperies des journaux. As-tu lu dans L’Éclair les citations de Paul Lévy. Évidemment, sa patrie, son temple et son argent paieront pour lui, mais si l’on pouvait l’égorger rapidement et sans bruit, quelle bonne petite fête intime ! Le mal, c’est qu’un jour ou l’autre, nous, si ça continue, nous paierons de notre sang. Que ça en vaille au moins la peine, nom de Dieu.

Te dire ma joie de la Rachilde corrigée, du Lugné rejeté à son trou, mais aussi ma rage d’être parti jeudi. J’ai passé de bien mauvais moments à râler devant les journaux, l’Action française d’il y a trois jours (Provence) et d’hier Orion [ajouté dans l’interligne], l’Œuvre, le Gaulois, etc…

Je t’en prie, écris-moi. En tout cas, quoi que vous fassiez pendant mon absence, signe-le pour moi, imite mon écriture d’un horizon à l’autre, s’il faut payer pour les dégâts dis-le moi. J’enverrai l’argent.

Quand paraît la R[évolution] S[urréaliste] ? La note de Frick sur toi et la revue le jour du compte rendu du scandale a dû faire sensation. Vautel et Souday gaffent toujours aussi bien, Orion aussi.

Dis-moi si les signataires, après le scandale, sont toujours aussi décidés. À nous, maintenant, d’amener des gens. Il nous faut, cet hiver, être cent. Si certains étaient arrêtés ou lâchaient, il en faudra d’autres. Et je crois qu’il faut, en même temps, accentuer notre production littéraire. Ton livre sur la peinture, en Octobre, est-ce que ça marche ? Et les livres d’Aragon. Et « pour vos beaux yeux ». Notre action révolutionnaire aura ainsi plus d’importance et provoquera plus de surprise. Il faut que nous restions surréalistes et que l’on ne puisse nous comprendre parmi les communistes.

Excuse mon crayon, mon style et j’espère que tu liras ça très vite, comme je l’écris. Simone est-elle là ? Je lui écris.

Mes amitiés à Leiris et aux autres.

Bien affectueusement

Paul.

 

Bibliographie

André Breton et Paul Éluard, Correspondance 1919-1938, ed. Étienne-Alain Hubert, Gallimard, Paris, coll. « Blanche », p. 111-113.

Librairie Gallimard

Date du cachet de la Poste07/07/1925
Adresse de destination
Notes bibliographiques

Ms, crayon à mine - Trois pages 21 × 13,5 cm sur un feuillet 27 × 21 cm plié.

Enveloppe écrite au crayon. Suscription : « Monsieur André Breton / 42, rue Fontaine / Paris (9e) ». Au verso : « Eluard-Grindel — Hôtel de Bordeaux / Bagnères de Luchon / Hte Garonne ». Cachet : Bagnères de Luchon Hte Garonne 18h 7-7-25. Ajouté au crayon par Breton : « 1925 ».

Languesfrançais
Lieu d'origine
Bibliothèque

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms 4999

Modalité d'entrée dans les collections publiquesAcquis avec le concours d'André Breton, 10 novembre 1961.
Dimensions21,00 x 27,00 cm
Nombre de pages3 p.
Crédit© Succession Paul Éluard et éditions Gallimard
Mots-clés, , ,
CatégoriesCorrespondance, Lettres à André Breton
Série[Correspondance] Correspondance avec Paul Éluard, [Revue] La Révolution surréaliste, 5
Lien permanenthttps://cms.andrebreton.fr/fr/work/56600101001911
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